BIG FLO et OLI

Catégorie
28€
Date
8 Oct 2017 20:30
Lieu
L'AUTRE CANAL - 42 Boulevard d'Austrasie, 54000 Nancy
Nancy

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Pour certains rappeurs, le succès est une malédiction.

Pour Bigflo & Oli, ce fut une stupéfaction, comme si ces deux frères toulousains vivaient un rêve éveillé. Flashback : Le plus jeune duo hip-hop de l'Hexagone signe un contrat discographique en 2014 après quelques années passées à écumer les open mics et les scènes des Rap Contenders, puis sort son premier EP. Succès d'estime, Akhenaton en personne est bluffé par la verve de Florian et Olivio, plus jeunes en âges cumulés que le Marseillais d'IAM.

Puis c'est le premier album, «La Cour Des Grands», qui deviendra disque d'or et de platine, générant la ferveur de leurs fans, surnommés "les visionnaires".
Une ferveur qui se confirmera tout au long d'une gigantesque tournée de 120 dates, avec en apothéose un Zénith blindé dans leur ville rose, Toulouse.
«On a mis du temps à réaliser ce qui s'était passé», se souvient Flo. «Ça a été un an et demi de tourbillon, on ne pensait pas que ça irait si vite. En septembre 2016, on s'est dit qu'on allait bosser sur le second album...» «Et en octobre, on a tout jeté», complète Oli. Pour les frangins, tout a changé, sauf eux. Leur exigence artistique les pousse à revoir leur copie. Le titre de l'album viendra de leur entourage. Bigflo: «Les gens qu'on croisait n'arrêtaient pas de nous dire "Ça marche pour vous, c'est génial, mais pour nous c'est la vie normale, la vraie vie"».
Oli: «Ça revenait tout le temps, comme un message qu'on nous faisait passer». Le plus gros changement de cette «Vraie Vie», ce sont les émotions, et une nouvelle forme d'introspection. Bigflo: «On s'est autorisé beaucoup plus de choses. Sur le premier album, on s'était censuré, on avait l'impression que notre vie personnelle n'intéressait pas les gens. Là, on parle plus de nous. Et beaucoup d'amis à qui on faisait écouter étaient touchés».
Les deux diplômés du Conservatoire se sont enlevé l'épine qu'ils avaient dans le dos («Comme la sorcière dans Kirikou !»).
Ils ôtent leurs œillères de rap fanatiques et osent tout : Les refrains chantés, les mélodies latines, les instruments live, bref ils assument leur statut de musiciens à part entière, sans renoncer à ce storytelling dont ils sont si friands. Fidèles, ils retrouvent leurs frères de son américains, le duo Likeminds, qui revient à la production et avec qui ils vont passer deux semaines de travail à Brooklyn. Un nouveau complice vient aider B&O en studio, Clément Lieb alias Monsieur Loup, un ami d'enfance qui va peaufiner leurs beats et leurs sons.

Au fil des semaines, ils enchaînent les compositions nouvelles et «La Vraie Vie» prend forme. L'album est boosté par des rencontres qui dépassent leurs rêves les plus fous. Stromae, qui a écouté leurs morceaux, fait part de son désir de travailler avec le duo. «On était comme des oufs», se souvient Oli. Après une rencontre à Bruxelles et une longue discussion entre passionnés de musique, Stromae apporte sa "magic touch" au morceau «Dommage», achevé à 3 heures du matin à l'issue d'une journée folle.
Autre rencontre d'anthologie : Le jaguar microphonique JoeyStarr sur «Trop Tard». Oli: «On l'avait déjà croisé plusieurs fois et il était toujours hyper bienveillant avec nous. On est fans de ce qu'il représente, et comme on voulait une voix de pirate sur "Trop Tard"...» «On s'est dit: "JoeyStarr !"», enchaîne Flo. «On ne pensait pas qu'il accepterait. On lui a envoyé un texto». Et Joey est venu. Oli: «Ça a été dur, comme dirait Flo, c'est un Pokémon rare,

difficile à attraper !» Et puis il y a Busta Rhymes, la légende du rap new-yorkais qui vient poser sur «Ça Va Trop Vite». Bigflo: «Ça s'est fait à l'Américaine, avec des milliers d'appels entre les maisons de disques. On avait très peu d'espoir mais il a kiffé la chanson».

Au-delà de ces guests prestigieux, l'ADN de «La Vraie Vie», c'est bien Bigflo & Oli, avec leur technique, leur virtuosité, leur sincérité. «On a dit qu'on ne mentait pas sur cet album», réaffirme Flo comme un serment. Ils ont tenu parole. Sur «Personne», B&O osent les sonorités latines («On appelle ça salsatrap»). Leur père musicien vient participer à «Papa», une sacrée tranche d'émotion. «Dommage», avec son refrain chanté, est la chanson préférée d'Oli, «parce que ça a été une libération et que ça m'a fait grandir artistiquement».
Pour Flo, c'est «Autre Part»: «Il y a un quatuor à cordes, un peu d'électro et une chanteuse, Suzanne, sur le refrain. Ce morceau me tient vraiment à cœur».
Et il y a cette «Vraie Vie» qui donne son titre à l'album, clippé en huit minutes épiques à Verdun et en haute montagne, à 3800 mètres d'altitude, dans la grotte de la mer de glace, avec les animaux fétiches des rappeurs, le corbeau pour Flo et le loup pour Olivio. Le manifeste de B&O modèle 2017, avec des couplets vertigineux des deux frères, en compétition sous pression devant le micro d'argent.
Si le toujours difficile second album est souvent l'épreuve de vérité pour les groupes, pour Bigflo & Oli il est la confirmation de tous les espoirs placés sur eux. Un disque vrai, émouvant, plein de phases, de fougue, de rimes et de pur hip-hop. B&O a cessé d'être le plus jeune groupe de rap français, il est juste devenu l'un des meilleurs.

Olivier Cachin 

 
 

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  • 8 Oct 2017 20:30