OURS + Nour

18,80€
Date: 29 Sep 2017 20:30

Lieu: LES TRINITAIRES  |  Ville: Metz

bouton achat

L’homme est de toute éternité un animal social. L’ours n’aime jamais autant sortir de sa tanière que lorsqu’il est reproductif. Puisqu’il faut bien faire des parallèles entre nos deux mammifères plantigrades, on peut se réjouir de constater que ce chanteur du retrait et de l’ombre nous livre enfin en douze chansons, son bonheur de retrouver la lumière avec des tas d’idées qui fourmillent.

Certes, d’entrée, il nous avoue qu’il n’a « Jamais su danser ». Doucement, sans effroi mais avec ténacité. C’est malin, parce que dès l’amorce de ce troisième album studio, Ours nous indique, enroulé dans sa douce mélancolie, que le mot est dense et celui qui danse. D’une poésie qui frisonne et virevolte en mouvement, observer son propre corps envoyer tout valser, conditionne le tempo et la tonalité d’un disque. Un recueil de chansons, né dans la soutenable légèreté de l’être sans accident. Plus pop dans son approche mélodique, peut-être moins bavard dans les textes, l’auteur Charles Souchon n’a pas hésité à répéter les choses. C’est l’histoire d’un album conçu par chapitre, ou plus précisément par séquence. Cette fois, il ne fallait surtout pas mettre la création en cage, ni dans un espace-temps défini. Ours est un flâneur qui se muscle dans l’aventure du quotidien. Il a ainsi voulu confronter son nouveau disque à sa marche du monde personnelle. Il a écrit, composé puis s‘est arrêté pour être dans une forme de disponibilité permanente. Les projets, les rencontres, les voyages ont formé la jeunesse de cet opus qui demandait à ouvrir les bras et les oreilles. Question d’enrichissement naturel. Comme ce voyage au Mali. A Bamako, où le chanteur est allé rencontrer un collectif de musiciens Maliens « village ». Ours qui chaloupe donne du sens au coeur tribal qui parfois s’emballe dans la douce transe. On y écoute aussi quelque chose de la musique insulaire. Cap vert, Antilles.

Ces musiques séparées qui réunissent tant de monde. C’est le mariage de la mélancolie et du soleil. Ce soleil qui a souvent rendez-vous avec la lune et qui a ensemencé tant de belles chansons françaises. Comme dans ce duo avec Pauline Croze « Au cinéma ». Une chanson qui ressemble à la douceur rebelle de la nouvelle vague cinématographique. Co-composée avec Pauline Croze et Romain Preuss du délicat duo Scotch et Sofa. Pauline Croze, cette fille d’aujourd’hui, qui pourrait être une soeur de soleil et de mélancolie, dont Ours nous confie qu’il a aussi réalisé son prochain album. Parce qu’elle lui a demandé. Et parce qu’il a adoré le faire. Encore une sacrée pause dans l’élaboration de son propre album qui lui a permis paradoxalement d’intensifier sa création. Ainsi, Ours trimballe depuis quatre ans ce nouveau disque en chantier perpétuel. Il l’a voulu ainsi, porté par la vie qui semblait l’éloigner de son projet et qui en fait l’a nourri. Voyageur, c’est aussi un album qui s’est conçu de façon itinérante. Il fallait que tout son matériel d’enregistrement tienne dans une valise. Avant les chansons, il y a donc eu la valise. C’est dans ces images fortes que l’on perçoit la personnalité de cet Ours qui voulait tout de même à chaque escale créer sa propre tanière. Histoire d’être fidèle à son code génétique : « On est seul recroquevillé sur soi-même, en hibernation et puis un jour tout sort. »

L’ours s’est aussi ouvert au monde après sa dernière tournée. Il a compris soudainement qu’il n’avait plus besoin d’avoir peur de lui pour exister. Il s’est même accommodé du regard des autres. Libéré, « le fils de » a décidé de lâcher prise. Et c’est tout le sens de ce nouvel album. La liberté d’être juste dans le moment où l’on fait les choses.

Ne plus être fils prodige de cette écriture fleuve dans laquelle on se dilue avant de se noyer. Effectivement, cette fois on nage, parfois on flotte avec hédonisme dans ces chansons construites sur le plaisir : « Comment faire pour aimer », c’est finalement la question essentielle qui taraude Ours. « Le grand noir avec une chaussure blonde », magnifique métaphore sur la richesse de la double culture. La beauté de « l’entre deux » qui forge l’équilibre dans le déséquilibre. « De temps en temps », chanson douce-amère sur l’infidélité. Le refrain est écrit en point d’interrogation, et Ours laisse la place aux deux points de vue. Une fille (Chloé Monin, la voix féminine de Scotch et Sofa) et un garçon (un ours) et des tonnes de questions qui de toutes les façons resteront en suspens. « Chacun y voit » légère, récréative, adolescente. Leçon de vie d’un grand enfant qui s’échappe encore de la réalité d’un homme fait. « Amour en morse », morceau un peu cinglé dans ses arrangements qui parle d’un langage codé. Des bâtons, des points pour se substituer à la difficulté qui existe dans les couples de se parler. L’alphabet du naufrage pour parler d’amour en morse. Brassens avait coutume de dire qu’une bonne chanson c’est d’abord une idée. En voilà une sacrée. Et Joseph Chédid pas loin derrière tout ça. « Hula hoop » pour prévenir ses contemporains que le bassin est aussi légitime que le cerveau. C’est toute la quête encore une fois de cet album. Parvenir à être le grand pacificateur entre la tête et les jambes. Ours aura gagné le jour où l’on sera enfin persuadé que la danse pense mieux dans le sens de la hauteur. « Roseaux pliés », c’est Ours magistral en orfèvre, ciseleur capable d’imaginer deux personnes droits et célibataires ne tombant jamais amoureux. Et qui s’assouplissent en se voyant. Il fallait y penser, mais c’est tellement vrai d’observer la souplesse. Cette souplesse que vous offre l’amour et vous délie de tout. « Freine » qui marque en battements de coeur cette volonté de sortir du « je » pour tendre vers le coeur de la pudeur.

L’universel il est là aussi, avec « Liu Bolin », titre qu’Ours a commencé aux rencontres d’Astaffort dans la patrie de Francis Cabrel. Il y évoque le travail d’un artiste contemporain chinois qui se dessine lui-même et s’intègre à la manière d’un trompe l’oeil dans des paysages. Il se cache et s’intègre. Un artiste qui travaille sur la disparition programmée et qui finalement résiste. Parce qu’on y parle du monde et que l’on sait que la poésie moderne qui s’appelle aujourd’hui la chanson pop, parfois peut venger tous ces gens que la société efface. Ces héros très discrets qui ne bronchent pas. Bouleversant. Avec « Tordu » qui clôture l’album, c’est comme si Camille avait pris possession du corps musical de Ours. Cela s’appelle un auto portrait. C’est assez émouvant d’écouter de garçon si doux dire de sa voix de rocaille « Je me complique ». Au bout de ces 13 chansons, comme un message qui se dessine subtilement. Apprendre à vivre avec ses désillusions, accepter d’être là où on ne voulait pas forcément aller. Affronter ses propres déceptions que le monde nous a contraint de digérer. Reste le rythme, la sensualité, conjuguée à l’abandon, qui produisent la seule musique qui vaille aujourd’hui. Une musique et ses mots qui caressent et qui soignent. Bastien Dorémus musicien et proche de Christine & the Queens, l’équipe d’Antoine Gaillet et les Omoh, et enfin un autre collectif, les Empire of Sound. Enfin, il y a cette voix toujours cassée. Jolie brisure qui nous dit qu’il n’y a rien de plus beau que de chanter ses propres chansons à l’oreille du public. « Un chanteur c’est un copain. Qui réconforte, qui donne du plaisir. » Et qui renvoie forcément à l’enfance, serait-on tenté de rajouter. Quand on croit que la vie va être pleine et entière, sans orage, ni vacarme. L’album s’appelle « Pops ». Son premier s’appelait « Mi ». Le deuxième « El ». Les deux noms accolés donnent « miel ». « Miel Pops », cela constitue un triptyque, qui renvoie à ces céréales au goût gentiment régressif. La madeleine d’un chanteur dénommé Ours, qui en 13 chansons vient de créer le doudou pop dont on ne voudra jamais plus se défaire.

 

Adresse
12 Rue des Trinitaires, 57000 Metz
Metz

 

Google Maps


 

Toutes les Dates


  • 29 Sep 2017 20:30