SCH

29,90€
Date: 9 Mar 2019 20:30

Lieu: L'AUTRE CANAL  |  Ville: Nancy

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Son flow doit autant à l'asphyxie qu'à la post modernité.

Ses mots, très vite, fédèrent ceux qui savent, ceux qui suivent. Ceux à qui sont destinées ses chansons où le désenchantement, la réalité tordue, la violence inhérente, l'ironie de la casse, le sexe sans capote et sans tabou, la poésie viscérale, se percutent sans politesse. Slang, argot, peu importe, il raconte sa vie et celle de tous les autres âmes abandonnées sans jamais se soucier du plus grand nombre.

Il est le brouillard qui recouvre les ultimes illusions, les dernières naïvetés.

SCH n'est pas qu'un rappeur plébiscité, une valeur montante. SCH n'est pas juste ce gamin qui a grandi trop vite et qui a maltraité tous les chiffres depuis qu'il a décidé de quitter le monde des ombres: 50 000 copies écoulées de “A7”, mixtape hardcore parfaite sortie en 2015, sorte de carte d'identité brûlée sur l'autel de la franchise, 632 000 fans sur Facebook, 140 millions de vues pour ses vidéos. Non. SCH incarne notre époque, sans slogan ni accroche marketing. Il est le fruit de ces trente dernières années, celles de l'économie cannibale, de l'explosion des réseaux (anti)sociaux, des téléphones-excroissances de corps fatigués, lourds, fatalistes. Il est l'avenir qu'on a écrasé, il est les promesses non tenues, il est l'écho du cynisme qui a condamné le peuple pour un peu plus d'euros, il est la génération sacrifiée, il est l'égoïsme monstrueux, Il est le libéralisme décomplexé, le nihilisme de trottoir, la blague avant le grand saut, le reflet d'une jeunesse qui conjugue le futur au passé, le fils. Il se tient droit, mélancolique et narquois, sûr de sa force et prêt à affronter ce qu'il reste à vivre. SCH, originaire d'Aubagne, a la peau blanche, des origines allemandes, les cheveux longs, les tatouages explicites et le sourire d'un enfant sauvage. Quand il écrit, il ne pense pas aux autres, au monde, aux rotations FM. Il crache, éructe, dessine, revendique, assume, illumine le pire, creuse, plonge, décolle. Et après, il voit. Il comprend. Il est.

SCH, quand il rappe, il dézingue à coups de punchlines impitoyables, drôles, tristes ou radicales. Ses sons sont bruts ou étoffés, énormes ou minimalistes, monstrueux ou à la tendresse à peine déguisée, définitifs ou ouverts, décalés et furieusement intimes. Mais il y a encore autre chose. Le fond. Et là, on bascule dans un autre univers. Vers quelque chose de captivant, à la noirceur rigolarde. D'indomptable. SCH n'est pas là pour séduire, pour la majorité. Il n'a pas un mandat à défendre, des privilèges à préserver. Il est celui qui se dresse contre les évidences, celui qui chante l'existence sans filet ni sécurité sociale. Son rap semble comme déconnecté des obligations, des codes. Il vit seul, fier, son indépendance n'est pas dupe, jamais, elle se nourrit de souvenirs, de constats, d'échec et de désirs. Sa prose raconte un homme au cœur de la tempête. Le père absent, la mère aimée, les amis, les ennemis, la drogue, la baise, la vie dans tout son chaos. Et ça donne “Anarchie”, le premier album de SCH, chez Def Jam France, admirablement réalisé par Kore et enregistré entre Paris et Marseille. Le titre n'est évidemment pas un hasard, une provocation. Ce titre dit tout. Chaos dehors et dedans, en haut et en bas, chaos partout, dans les têtes et les rues, dans les pupilles et les oreilles, dans les quartiers et le pays. Chaque nouveau titre est un virage, une surprise, un contre-pied. SCH est en train d'inventer une nouvelle façon de faire, une nouvelle grille de lecture. Ce disque incandescent, humide, et aux nuits dangereuses, tord les coutumes du rap pour mieux créer quelque chose d'unique, qui n'appartient qu'à lui et à ceux qui adhèrent. N'est-ce pas la seule exigence d'un artiste? Détruire et reconstruire à partir des ruines. “Anarchie”, c'est ça, exactement ça. Un mec inconnu voilà encore deux ans qui distance la concurrence parce qu'il refuse d'être autre chose que lui-même. Parce qu'il a accepté que ses muses l'envahissent, le retournent, le hantent, quitte à en chier, quitte à ne plus en dormir. Quitte à en crever?

“Anarchie” impressionne d'entrée. Vite, on comprend qu'ici, il s'agit de scier toutes les branches, de napalmer les paresseux, les bégayeurs, les petits commerçants de la rime. SCH n'est pas là pour simplement palper (il prend tous vos billets sans vergogne, bien sûr) mais pour imposer la suite. Il s'en défendra peut-être mais il est différent. Quand on l'écoute, on ne se dit pas: “ Tiens, là, on dirait untel ou untel”. À aucun moment. SCH fait du SCH. Il aime les paradoxes, les oxymores, les retournements. Il peut rapper des horreurs sous un soleil complice comme se livrer dans un dénuement bouleversant. “Anarchie” ouvre l'album. D'abord, un piano, qui résonne, puis des cordes. Un pied. Et ce flow cavalcade, reconnaissable entre mille, ces mots durs, un clin d'œil à Lacrim, des insultes, de l'alchimie contrariée, quand il transforme l'or en cuivre. Une guitare lointaine appuie là où ça fait mal. Une des obsessions de SCH pointe déjà: le temps qui passe, qui coule, qui fuit. La survie, vivre parce qu'il faudra mourir. Impressionnant. “Trop Énorme” a de quoi enflammer un stade comme un club de province. C'est une chanson, oui, avec une mélodie qui s'impose. “I Need Love” rappait, il y a longtemps, LL Cool J. SCH, lui, avec “Je La Connais”, raconte l'amour 2.0, celui qui n'a pas forcément besoin de serments éternels. “Son prénom j'en ai rien à foutre” dit-il. On le croit sur parole. Il y a encore “Cartine Cartier”, avec un feat de Sfera Ebbasta, rappeur italien, morceau mid tempo, nostalgique et noctambule. Sur “Le Doc”, SCH confesse être “plein de mauvaises idées”. Consultation 2016, il ausculte à domicile, ricane comme celui qui sait qu'il va conclure. De l'ego strip en quelque sorte... “Neuer”, malgré son titre à la consonance allemande, débute par un accent de cigale. SCH fait rimer hug et thug, entre autres... On y croise Mitterrand, Dewey de la série Malcolm, du business illégal, des pantalons baissés, de la syncope jubilatoire. SCH démontre ici que le rap n'a pas besoin de se pasticher pour survivre. “Neuer” et ses cordes bouclées bouleverse la donne, il avance en toute originalité. “Alleluia” assume un dépouillement qui impose sans attendre une proximité presque menaçante. Aux États-Unis, on écouterait ce titre en voiture, au hasard des routes, la nuit, quand les hommes gris dorment et que les autres sortent pour enfin exister. “Allo Maman” marque une coupure, un ilôt de tendresse au coeur du chaos. SCH délaisse ses vanités et ses potes pour parler à sa daronne. Et c'est terriblement émouvant, la mort rôde, encore ce temps maudit qui gagne toujours à la fin. Ici, c'est l'enfant qui remonte à la surface, qui prie pour un peu d'éternité, avant la séparation définitive. Poignant. La première phrase de “Quand On Était Mômes” provoque d'abord l'hilarité: “Taille moi des pipes, j't'amènerai en vacances”. Pas mieux. Mais le rire gras laisse vite sa place à quelque chose de plus profond, de plus sensible. SCH regarde dans son rétro et s'interroge. Titre au sépia mouvant, les souvenirs resurgissent et SCH navigue entre vannes viriles et larmes rentrées. Là encore, il n'y a que lui aujourd'hui pour mêler les sentiments les plus antinomiques dans le même morceau. Et derrière le bonhomme, on effleure toute la fragilité de l'être humain. “Dix-Neuf” revient à des considérations plus quotidiennes. Il y est question d'armes, de cul, de grosses basses qui vrillent les tympans et de muscles bandés. Les gamins des quartiers vont en faire leur tube, aucun doute! “Himalaya” qui suit, est un titre sans concession, une descente aux enfers d'un quotidien foiré d'avance. Avec un peu de sexe dans les coins. Amour, haine, souffle et poussières. Après “Essuie Tes Larmes”, chanson sans conditionnel et sans fioriture, “Murcielago” est le treizième et dernier titre du disque. 13, un chiffre qui va à SCH évidemment comme un gant. On pense à une voiture de luxe, une Lamborghini, on entend le rappeur sudiste chanter les substances, la vitesse, la violence, les euros pas déclarés, une vie qui se moque des lignes jaunes, blanches... Le silence ensuite. “Anarchie” résonne encore. SCH est un miroir.

Un miroir de vertige.

Il vient d'écrire la bande-son de l'époque.

 

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Nancy

 

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  • 9 Mar 2019 20:30